La vie devant soi est un roman de Romain Gary, publié en 1975 sous le pseudonyme d’Émile Ajar. Dans cette fiche de lecture, je vous propose un point sur le contexte de publication, une présentation des personnages et des thèmes du roman, un résumé et un avis personnel.

L’histoire se déroule à Paris, vers la fin des années 1960 ou le début des années 1970. Un jeune garçon Arabe est élevé par une vieille femme juive. Sur un fond de misère sociale, l’auteur aborde de front plusieurs thèmes qui lui sont chers, comme l’identité et l’euthanasie.

Fiche de lecture La vie devant soi : présentation du contexte d’écriture

Au début des années 1970, Romain Gary a déjà connu le succès littéraire à plusieurs reprises.

Il a remporté le prix Goncourt en 1956 avec son roman Les racines du ciel.

Son autobiographie La promesse de l’aube est également un grand succès en 1960.

Sa réputation n’est plus à faire.

Seulement voilà, pour beaucoup, son temps est fini.

Il est fini.

Son écriture serait celle d’un écrivain vieillissant. Romain Gary pense que la critique ne prend même plus la peine de lire ce qu’il écrit, qu’elle a un avis tout fait sur lui. Alors il lui vient une idée :

il va devenir un autre.

Il invente un personnage, Émile Ajar, à qui il va faire écrire des romans. La mystification est totale, Paul Pavlovitch incarne le faux écrivain, et Romain Gary écrit à la fois des romans sous son vrai nom, et à la fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar.

Personne ne soupçonnera la supercherie, et Romain Gary ne révélera la vérité que dans un texte publié après sa mort.

Avec ce pseudonyme, le succès est au rendez-vous. Si la critique littéraire continue à descendre les romans de Romain Gary, ceux d’Émile Ajar sont encensés, ce qui amuse beaucoup l’écrivain.

En 1975, c’est la consécration, il remporte un deuxième prix Goncourt pour La vie devant soi. Il veut au début le refuser, mais le prix s’impose finalement à lui, et inscrit son nom dans les légendes de la littérature française :

il devient le seul auteur à avoir remporté 2 prix Goncourt.

Fiche de lecture La vie devant soi : résumé et personnages

L’histoire se déroule dans le XXe arrondissement de Paris, un quartier pauvre où Madame Rosa et Momo (8 ans) vivent au 6e étage sans ascenseur.

Ils ne sont pas seuls puisque la vieille femme, ancienne prostituée, s’occupe maintenant clandestinement des enfants d’autres prostituées dans une sorte de garderie clandestine appelée un “clandé“.

Le roman raconte l’amour qui lie le jeune garçon à la vieille femme. Cette dernière voit son état de santé se dégrader au fil des pages, et Momo restera à ses côtés jusqu’à la fin.

Liste des personnages :

Le livre regorge de personnages à la fois uniques et représentatifs d’un groupe social. L’auteur les utilise pour peindre la société pauvre de Belleville à cette époque.

  • Madame Rosa est une vieille femme juive, ancienne prostituée. Le roman évoque sa déchéance et son refus d’être maintenue en vie par les médecins.
  • Momo est un jeune Arabe abandonné par son père après que ce dernier a tué sa femme. Il vit “à plein temps” chez Madame Rosa. C’est le narrateur de l’histoire.
  • Le docteur Katz est un vieux médecin de quartier qui semble apprécier Momo.
  • Monsieur Hamil est un vieil homme sage. Momo aime lui parler. Il cite souvent Victor Hugo et le Coran, il confond parfois les deux. Il devient aveugle, mais ne se sépare jamais de son exemplaire des Misérables.
  • Madame Lola est un ancien champion de boxe sénégalais devenu travestie. Elle se prostitue maintenant au bois de Boulogne. Elle aide beaucoup Madame Rosa et Momo.
  • Monsieur Nda Amédée est un immigré nigérian devenu proxénète à Paris. Il demande à Madame Rosa d’écrire des lettres à ses parents car il est analphabète. Il ne trouve jamais les mots pour exprimer ses sentiments.

Fiche de lecture La vie devant soi : les thèmes du roman

Le roman utilise sa trame narrative plutôt simple pour aborder de nombreux thèmes dont voici les principaux :

La prostitution :

Le livre offre un regard différent sur la prostitution. Le petit Momo, qui grandit dans ce milieu, aime les “putes”. Elles sont gentilles avec lui et il comprend bien qu’elles vivent difficilement : “elles se défendent.” Le narrateur emploie souvent l’expression “fils de pute” mais jamais comme une insulte, ni même péjorativement.

La grande pauvreté :

Momo raconte les immeubles où sont entassés des centaines d’immigrés noirs avec une seule toilette. Il évoque également les bidonvilles, et l’invisibilisation de ce sujet par l’état.

Le racisme :

En filigrane dans l’oeuvre, cette question ressort dans certaines pensées de Momo : “les noirs sont très bien tolérés quand ils ont 4 ou 5 ans.” ou “j’ai une tête pas de chez nous.”

La vieillesse :

Le roman est plein de personnages vieux qui se dégradent et représentent parfaitement la peur de vieillir de l’auteur. En effet, Romain Gary était terrifié par l’idée de vieillissement.

L’euthanasie :

Ce roman est un plaidoyer pour l’euthanasie qui est décrite comme bien plus humaine que l’acharnement thérapeutique.

Fiche de lecture La vie devant soi : un passage marquant

On pourrait évoquer de nombreux passages. Celui que je veux relater ici concerne la triste capitulation d’un personnage face au vieillissement.

Monsieur Hamil, déjà vieux, raconte à Momo qu’il a aimé une femme et qu’il s’est juré de ne jamais l’oublier. Il est tranquille, car s’il s’en souvient à son âge, il est certain qu’il ne l’oubliera plus.

Hélas, à la fin du livre, la dernière fois qu’il parle à Momo, il cherche à dire le nom de cette femme qu’il a aimé et réalise qu’il l’a oublié.

Gary montre ici que la vieillesse prend tout. Elle n’épargne rien.

Pourquoi lire La vie devant soi de Romain Gary ?

Parce que le style est inimitable. Il est plein d’ajarismes qui invitent le lecteur à la réflection. C’est une langue savoureuse et dynamique.

Parce que l’histoire est touchante, amour inconditionnel entre un enfant arabe et une vieille juive, jusqu’à la mort, et un peu plus loin.

Aussi parce que c’est une fresque très différente de tout ce qu’on peut lire sur la ville de Paris.

Parce que c’est par moments très drôle !

Et enfin parce qu’il aborde des thèmes difficiles avec une légèreté qui n’est jamais inconsciente.

Les meilleures citations de La vie devant soi de Romain Gary :

La pagination est pour l’édition folio.

  • C’était une femme qui aurait mérité un ascenseur. p.9
  • Monsieur Hamil, est-ce qu’on peut vivre sans amour ? Il n’a pas répondu. p.11
  • Ça fait toujours mal quand on frappe quelqu’un. p.12
  • Depuis que je suis sortie d’Auschwitz, je n’ai eu que des ennuis. p.23
  • Madame Rosa avait des documents qui prouvaient qu’elle était quelqu’un d’autre, comme tout le monde. p.29
  • Jamais, dit Madame Rosa. Jamais il ne pleure cet enfant-là, et pourtant Dieu sait que je souffre. p.31
  • C’est les injustes qui dorment le mieux, parce qu’ils s’en foutent. p.31
  • C’est toujours dans les yeux que les gens sont les plus tristes. p.43
  • Plus on a rien et plus on veut croire. p.48
  • – Peur de quoi, Madame Rosa ? – c’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur, Momo. p.63
  • Je pense que pour vivre, il faut s’y prendre très jeune. p.88
  • Ce qui reste le plus chez les vieux, c’est leur jeunesse. p.89
  • Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. p.90
  • Il fallait quand même penser à l’avenir, qui vous arrive toujours sur la gueule tôt ou tard. p.98
  • Je ne crois pas tellement aux trucs bizarres, parce que je ne vois pas ce qu’ils ont de différents. p.101
  • Moi la vie je ne vais pas lui lécher le cul pour être heureux. p.103
  • J’ai jamais été assez jeune pour éviter les emmerdes. p.131
  • Moi je pense qu’on respecte pas assez les vieilles putes. p.136
  • La nature, elle fait n’importe quoi à n’importe qui et elle ne sait même pas ce qu’elle fait. p.149
  • Je n’ai jamais vu un Sénégalais qui aurait fait une aussi bonne mère de famille que Madame Lola. p.152
  • Momo ! ce n’est pas la sclérose cérébrale ? ça ne pardonne pas. – Vous en connaissez beaucoup, des trucs qui pardonnent , Madame Rosa ? Vous me faites chier. Vous me faites chier tous, sur la tombe de ma mère ! p.168
  • Dès qu’on sait qui vous êtes, on est sûr de vous le reprocher. p.170
  • L’identité, vous savez, ça peut se tromper également, ce n’est pas à l’épreuve. p.198
  • J’ai jamais su où ça commence et où ça finit parce qu’à mon avis ça ne fait que continuer. p.215
  • J’espère bien que je ne serai jamais normal, docteur Katz, il n’y a que les salauds qui sont toujours normals. p.239

Et vous, quelles sont vos citations préférés de La vie devant soi ? N’hésitez pas à les partager en commentaires !

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J’espère que cette fiche de lecture sur La vie devant soi vous a plu. Si oui, n’hésitez pas à lire ma fiche de lecture sur Les impatientes de Djaïli Amadou Amal pour d’autres idées de lecture.

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