Tous les textes ne se commentent pas de la même façon ; aussi, pour vous aider, je vous propose un exemple de commentaire littéraire – ou composé – corrigé sur la poésie avec le poème de Ronsard : “Mignonne allons voir si la rose”.

Vous trouverez le texte et le commentaire rédigé au format PDF à la fin de cet article.

Pour une meilleure lisibilité, j’ai séparé le contenu par des titres qui ne doivent pas apparaître sur une copie rédigée. La version sans les titres se trouve dans le document PDF à la fin. 

Si ce n’est pas déjà fait, je vous invite à consulter mes différents articles sur le commentaire littéraire et en particulier la méthode générale, et les procédés littéraires.

Commenter un texte poétique : quelques conseils

La poésie ne se commente pas exactement comme les autres genres. Voici quelques points à prendre en considération pour mieux vous en sortir au bac de français si vous tombez sur un poème.

Comment faire un commentaire de texte sur la poésie ?

Pour faire un commentaire de texte sur la poésie, il faut prendre en compte la structure du poème, observer s’il est en vers ou en prose et s’il respecte une forme fixe. Ensuite, il faut dégager le sens et interroger les mots sous tous leurs rapports (musicalité, sens, effets visuels …)

Comment faire une bonne introduction en poésie ?

L’introduction du commentaire vise à présenter le texte et la problématique. Pour la poésie, on commence donc par présenter le poète, puis le poème, en s’attachant à mettre rapidement en valeur sa forme (schéma de rimes, types de strophes, de vers, thème, etc.)

Comment trouver la problématique d’un poème ?

Trouver la problématique d’un poème peut être plus difficile que pour un autre type de texte, car le sens n’est pas toujours évident. Pourtant, comme pour les autres textes, il faut chercher à questionner le sens du texte et la façon dont l’auteur veut transmettre un message ou une émotion.

Quelles sont les formes poétiques ?

Savoir identifier les principales formes poétiques est primordial pour réussir un commentaire littéraire sur un poème. Les formes de poèmes les plus courantes sont le sonnet, la ballade, l’ode et le haïku. Savoir les reconnaître sera très précieux pour votre analyse.

Un dernier conseil :

L’avantage de tomber sur la poésie au bac de français, c’est qu’il y a souvent beaucoup à dire. Il est plus facile de trouver des figures de styles et des jeux divers sur les sonorités ou les sens des mots. Aussi, ne négligez pas les révisions formelles pour être à l’aise avec ces notions qui vous feront gagner des points !

Commentaire littéraire corrigé poésie : Le texte du poème “Mignonne, allons voir si la rose”

Mignonne, allons voir si la rose

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose1
Sa robe de pourpre2 au Soleil,
A point perdu ceste vesprée3
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au votre pareil.

Las4 ! voyez comme en peu d’espace5,
Mignonne, elle a dessus la place6
Las ! las ses beautés laissé choir7 !
Ô vraiment marâtre8 Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

Pierre de Ronsard (1524-1585)

  1. Avait déclose : avait éclos
  2. Pourpre : couleur rouge vif
  3. Cette vesprée : ce soir
  4. Las : Hélas
  5. En peu d’espace : en peu de temps
  6. Dessus la place : par terre
  7. Choir : tomber
  8. Marâtre :  mauvaise mère

Commentaire poésie corrigé : “Mignonne, allons voir si la rose” de Pierre de Ronsard

Commentaire littéraire corrigé : Mignonne allons voir si la rose (avec PDF)
Ronsard

Introduction : présentation de l’auteur

Pierre de Ronsard est un poète français du XVIe siècle.

Celui que l’on surnomme “le prince des poètes” est également connu comme l’un des membres fondateurs du groupe de La Pléiade.

Cette école poétique s’était fixée pour objectif de faire du Français une langue des arts, à l’image du Latin et de l’Italien. Pour cela, elle revendiquait la libre inspiration des poètes de l’Antiquité.

Mais avant d’être des figures consacrées, les poètes de La Pléiade étaient de jeunes hommes, des idéalistes. Aussi s’intéressaient-ils à l’amour, et s’inspiraient-ils de Pétrarque dans leur traitement de ce thème.

Introduction : Présentation du texte

C’est un amour Pétrarquiste, avec force métaphores, que l’on retrouve dans l’ode « Mignonne, allons voir si la rose ». Le poète y compare, en 3 sizains aux rimes suivies et embrassées, la beauté féminine à celle d’une rose pour séduire Cassandre, destinataire du poème.

Introduction : Problématique

L’originalité du poème réside dans la façon dont il mêle les thèmes de la nature et de l’amour à des fins de séduction.

Introduction : Plan

Nous observerons l’entrecroisement de ces thèmes en évoquant d’abord l’amour, entre éloge et avertissement, puis la nature, entre beauté et cruauté.

Commentaire littéraire corrigé de Mignonne, allons voir si la rose : Partie 1

Accroche

Le thème de l’amour est prépondérant dans le poème. Également prétexte à une réflexion sur la vie, il n’en reste pas moins l’objet premier de cette ode.

Sous partie 1 : L’amour idéalisé

Dès le début du poème, on constate la dédicace “À Cassandre”. Le poète se place dans une posture de courtisan luttant pour l’amour d’une femme inaccessible. Cependant, cette lutte n’est pas triviale. Bien au contraire, elle est inspirée par l’Antiquité. Qu’il s’agisse de la forme du poème (l’ode est une forme antique) ou de la convocation de grandes entités dont la majuscule peut évoquer les figures divines de l’Antiquité : “Soleil” (v.3) ; “Nature” (v.10), il est clair que le poète place son amour dans un Tout plus grand et important que lui. On peut également souligner que l’incitation finale “cueillez votre jeunesse” est inspirée du Carpe Diem d’Horace, grande figure antique. C’est donc sous le signe de l’Antiquité que Ronsard place son amour, ce qui lui confère d’emblée, une portée supérieure.

Sous-partie 2 : L’amour personnel

Cependant, le poète ne compte pas que sur le passé pour séduire. En effet, il s’adresse à la femme avec le nom “mignonne” (v.1 ; v.8 ; v.13) pour la complimenter de manière plus directe et opérer un rapprochement avec elle. Ce rapprochement s’observe également dès le premier vers, avec l’utilisation de la première personne du pluriel “allons”. Le poète souhaite accompagner la femme, être près d’elle. Dans la dernière strophe, Ronsard complimente également Cassandre sur sa beauté grâce à un verbe dérivé du mot fleur : “votre âge fleuronne”. Ce verbe est intéressant car il exprime d’une part la beauté en référence à la connotation méliorative des fleurs, et d’autre part la jeunesse, comme avec l’expression “être dans la fleur de l’âge”. L’amour du poète transparaît également par les caractéristiques de Cassandre qu’il mentionne dans la 3e strophe : “votre âge” ; “votre jeunesse” ; “votre beauté”.

Sous-partie 3 : Carpe diem

Ronsard ne se contente pas ici de complimenter Cassandre. Il se montre également entreprenant, en sollicitant son amour de manière détournée. Après la démonstration du caractère éphémère de la vie qu’il lui a faite dans la deuxième strophe, il cherche à l’inciter à “vivre” : “Cueillez, cueillez votre jeunesse” (v.16). L’insistance avec laquelle il répète le verbe cueillir, conjugué à l’impératif présent, témoigne du caractère pressant de sa demande. Il souhaite que Cassandre cesse de résister à son amour, c’est le sens qu’il faut donner à cette idée de profiter de sa jeunesse. Cette formule est directement inspirée du Carpe diem (profite du jour présent) d’Horace, philosophe antique. Cela joue comme un argument d’autorité, ce n’est pas simplement le poète qui séduit Cassandre, mais la raison qui la pousse vers Ronsard. On note également que l’utilisation du verbe cueillir, en lieu et place de profiter, lui permet de filer la métaphore de la rose, mise en place dès le début du poème.

Transition :

Comme on a pu l’observer, le poète cherche à séduire Cassandre tant qu’elle est encore jeune et belle. Pour ce faire, nous allons voir qu’il utilise le thème de la nature à la fois pour souligner la beauté de la femme, mais aussi pour l’avertir qu’elle sera bientôt remplacée par une autre, plus belle, plus jeune.

Commentaire poésie corrigé de Mignonne, allons voir si la rose : Partie 2

Accroche :

Loin d’être un simple décor, la nature dans ce poème fait partie intégrante de la stratégie du poète. Instrument de séduction, image de la femme et de la vie, nous allons voir comment Ronsard traite ce thème.

Sous-partie 1 : La métaphore de la rose

La nature dans le poème, c’est d’abord la rose. Mentionnée dès le 1er vers, elle n’est au début qu’un objet de contemplation. Mais rapidement, elle se mue pour devenir une image de la femme. Naissent alors une métaphore filée et une personnification poursuivies dans l’ensemble du poème. En effet, le poète joue par exemple sur la polysémie du nom “robe” pour créer une hésitation, qu’il renforce en mentionnant les “plis de sa robe” (v.5). Ici, la rose se fait femme, revêt un habit, ne possède non plus une couleur, mais un “teint” (v.6). Par ailleurs, l’adverbe “pareil” (v.6) affirme le rapprochement entre la femme et la fleur, sous la forme d’un compliment du poète. On constate également dans la deuxième strophe qu’elle n’a pas perdu sa beauté, mais l’a “laissé choir”. La construction verbale suppose ici un sujet disposant d’une volonté propre, ce qui participe de conférer à la rose des ressemblances avec la femme. Mais c’est dans la dernière strophe que le lien entre la femme et la rose est explicitement affirmé avec l’outil de comparaison comme : “comme à cette fleur / la vieillesse fera ternir votre beauté.” (v.17-18). Le poète se montre plus clair et lève le voile qui mêlait subtilement Cassandre à la rose pour formuler son avertissement : la beauté n’est pas durable, la jeune femme doit profiter de la sienne tant qu’elle est encore là.

Sous-partie 2 : La cruauté de la nature

La nature dans le poème n’est pas uniquement synonyme de beauté et de bonheur. Si la rose de la première strophe représente l’amour dans toute sa vivacité par la symbolique de sa couleur “pourpre” et la connotation méliorative du “Soleil”, elle perd rapidement de sa superbe. On note l’opposition entre “ce matin” (v.2) et “ceste vesprée” (v.4) qui représentent métaphoriquement la naissance et la mort : le passage rapide de l’un à l’autre souligne l’urgence pour Cassandre de profiter de sa beauté. On retrouve la même antithèse entre “matin” et “soir” au vers 12, ce qui renforce l’idée d’une beauté éphémère. De fait, dès la deuxième strophe, le poète affirme la vitesse (“en peu d’espace”) avec laquelle la rose a “laissé choir” ses beautés. L’allégorie de la nature en “marâtre” (v.10) souligne cette idée de cruauté. Elle apparaît encore plus agressive avec l’allitération percussive en -t et -d des vers 10 à 12 (marâtre ; nature ; telle ; dure ; matin). Certes elle sait donner la beauté, mais la reprend bien vite. Cela désespère d’ailleurs le poète, en témoignent les deux interjections “Las !” (v.7 et v.9). Il emploie dans cette strophe un registre lyrique (4 phrases exclamatives dans la deuxième strophe) pour exprimer son émotion et son impuissance face à l’implacable cycle naturel.

Sous-partie 3 : l’éternel recommencement

La stratégie de séduction du poète s’inscrit dans le cycle de la vie, comme un éternel recommencement. Plusieurs vers suggèrent ce cycle, à commencer par le vers 12 avec son antithèse “du matin jusqu’au soir”. En effet, si la vie d’une fleur arrive à son terme au soir, il en naîtra une nouvelle le matin suivant. Ainsi, ce sont chaque jour de nouvelles fleurs, de nouvelles beautés qui naissent puis “terni(ssent)” (v.18). Ainsi donc, si Cassandre se trouve actuellement au stade de la “verte nouveauté”, elle n’échappera pas au cycle naturel, et donc au vieillissement. C’est ce qu’implique cette métaphore filée de la rose, d’abord “verte” (v.15), puis magnifiquement rouge dans sa “robe de pourpre” (v.3) avant de “ternir” (v.18) et de perdre ses pétales (v.9). La vieillesse remplace vite la jeunesse, comme le suggère l’antithèse à la rime vers 16 et 17, aussi Cassandre ne peut-elle se permettre de faire attendre le poète. Ce dernier aura vite retrouvé une nouvelle conquête, puisque “déclose(nt)” chaque jour de nouvelles fleurs.

Transition :

Loin d’être innocent, le thème de la nature permet en fait au poète de rappeler à la femme qu’elle n’échappe pas aux lois de la nature. La beauté qui lui a été conférée aura vite fait de disparaître.

Conclusion :

Rappel du développement :

Nous avons pu voir que dans cette ode, Ronsard s’inspire de l’Antiquité pour complimenter Cassandre et l’enjoint à profiter du jour présent.

Pour appuyer cette sollicitation, il mêle le thème de la nature à celui de l’amour, et compare Cassandre à une rose. Non seulement pour la complimenter, mais aussi pour lui rappeler que sa beauté est éphémère et qu’elle n’échappera pas au vieillissement.

Réponse à la problématique :

Ronsard nous donne donc à lire un habile poème dans lequel il dépasse la séduction pour livrer une réflexion sur la vie et l’importance de profiter du temps qui nous est laissé. Bien entendu, cette réflexion est avant tout destinée à Cassandre, qui est courtisée.

Ouverture :

On peut aisément rapprocher ce poème du célèbre “Sonnet pour Hélène” du même poète. Ronsard y enjoignait Hélène à profiter de sa beauté : “Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie”.

On peut facilement affirmer que les deux poèmes sont proches ; dans l’utilisation du Carpe Diem et les références à la nature à des fins de séduction.

Commentaire poésie corrigé sur “Mignonne, allons voir si la rose” : le mot de la fin

J’ai essayé de condenser les remarques les plus importantes sur ce poème en un commentaire assez court. J’ai fait le choix d’une problématique assez simple, qui contenait le plan. Ce choix n’est absolument pas le seul possible.

J’aurais très bien pu me poser une des questions suivantes : “en quoi ce poème est-il un poème d’amour typique de la pléiade ?” ; “Comment le poète cherche-t-il à séduire la femme dans ce poème ?” ou encore “Pourquoi peut-on qualifier ce poème de poème galant ?”

Le plan aurait été différent pour chacune des problématique, mais pas forcément les remarques et analyses. C’est pourquoi il est nécessaire de faire preuve d’adaptabilité, l’important étant d’arriver à proposer une analyse construite et intéressante du texte.

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