Pour vous préparer à l’écrit du Bac de français, je vous propose ici un exemple de commentaire littéraire entièrement rédigé pour la scène 4 de l’acte II de la pièce Le Bourgeois gentilhomme de Molière. Vous trouverez le texte et le commentaire rédigé au format PDF à la fin de cet article.

Je me suis attaché à simplifier au maximum le plan pour faire ressortir la satire du texte sans le complexifier. Le développement n’est donc constitué que de 4 paragraphes, mais il pourrait tout à fait être adapté en 6 paragraphes si vous êtes en série générale.

Enfin, pour une meilleure lisibilité et un travail plus efficace, j’ai séparé le contenu par des titres qui ne doivent pas apparaître sur une copie rédigée. La version sans les titres se trouve dans le document PDF à la fin.

Si ce n’est pas déjà fait, je vous invite à consulter mes différents articles sur le commentaire littéraire et en particulier la méthode générale, et la méthode précise pour commenter un texte de théâtre.

Le texte :

Le bourgeois gentilhomme acte II scène 4 commentaire littéraire

Le Bourgeois gentilhomme, Acte II, scène 4 (texte du commentaire littéraire)

Maître de philosophie, Monsieur Jourdain

(…)

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.— Est-ce la physique que vous voulez apprendre?

MONSIEUR JOURDAIN.— Qu’est-ce qu’elle chante cette physique?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.— La physique est celle qui explique les principes des choses naturelles, et les propriétés du corps; qui discourt de la nature des éléments, des métaux, des minéraux, des pierres, des plantes, et des animaux, et nous enseigne les causes de tous les météores, l’arc-en-ciel, les feux volants, les comètes, les éclairs, le tonnerre, la foudre, la pluie, la neige, la grêle, les vents, et les tourbillons.

MONSIEUR JOURDAIN.— Il y a trop de tintamarre1 là-dedans, trop de brouillamini.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– Que voulez-vous donc que je vous apprenne ?

MONSIEUR JOURDAIN.– Apprenez-moi l’orthographe.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– Très volontiers.

MONSIEUR JOURDAIN.— Après vous m’apprendrez l’almanach2, pour savoir quand il y a de la lune, et quand il n’y en a point.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.— Soit. Pour bien suivre votre pensée, et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer selon l’ordre des choses, par une exacte connaissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes. Et là-dessus j’ai à vous dire, que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles, parce qu’elles expriment les voix; et en consonnes, ainsi appelées consonnes, parce qu’elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix. Il y a cinq voyelles, ou voix, A, E, I, O, U.

MONSIEUR JOURDAIN.- J’entends tout cela.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– La voix, A, se forme en ouvrant fort la bouche, A.

MONSIEUR JOURDAIN.– A, A, Oui.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– La voix, E, se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut, A, E.

MONSIEUR JOURDAIN.– A, E, A, E. Ma foi oui. Ah que cela est beau !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– Et la voix, I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles, A, E, I.

MONSIEUR JOURDAIN.– A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– La voix, O, se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas, O.

MONSIEUR JOURDAIN.– O, O. Il n’y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable ! I, O, I, O.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O.

MONSIEUR JOURDAIN.– O, O, O. Vous avez raison, O. Ah la belle chose, que de savoir quelque chose !

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– La voix, U, se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi l’une de l’autre sans les rejoindre tout à fait, U.

MONSIEUR JOURDAIN.– U, U. Il n’y a rien de plus véritable, U.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– Vos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un, et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que U.

MONSIEUR JOURDAIN.– U, U. Cela est vrai. Ah que n’ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE.– Demain, nous verrons les autres lettres, qui sont les consonnes.

Commentaire littéraire : Le Bourgeois gentilhomme, Acte II, scène 4

Le bourgeois gentilhomme acte II scène 4 commentaire littéraire

Introduction : présentation de l’auteur

Molière est un comédien et dramaturge français né en 1622 et mort en 1673.

Issu d’une famille aisée, il renonce à un avenir tout tracé pour se consacrer au théâtre, dans lequel il s’illustrera en faisant de sa troupe la troupe officielle du roi Louis XIV et en écrivant de nombreuses comédies satiriques qui passeront presque toutes à la postérité.

Il appartient au mouvement du classicisme, et ambitionne de hisser la comédie au rang de la tragédie. Pour cela, il développe le genre de la grande comédie, en 5 actes et en vers avec des pièces comme Les Femmes savantes (1672) ou Le Tartuffe (1669).

Il développe aussi, avec le musicien Italien Lully, le genre de la comédie-ballet : un spectacle nouveau mêlant théâtre, danse et musique. Ses comédies-ballets les plus importantes sont Le Malade imaginaire (1673) et Le Bourgeois gentilhomme (1670), oeuvre qui nous intéresse aujourd’hui.

Introduction : Présentation de l’oeuvre et du texte

Cette pièce raconte l’histoire de Monsieur Jourdain, un bourgeois aisé qui souhaite devenir noble.

Hélas, il est inculte et doit remédier à cela pour espérer s’élever socialement. Pour cela, il fait appel à un maître de philosophie, supposé lui enseigner différentes connaissances. Dans la scène 4 de l’acte II, le maître de philosophie lui dispense une leçon d’orthographe portant sur les voyelles.

Introduction : Problématique

Nous nous attacherons à faire ressortir la dimension satirique de cette scène en nous posant la question suivante : comment Molière dénonce-t-il les travers de la société dans cette scène d’apprentissage comique ?

Introduction : Annonce du plan

Pour répondre à cette question, nous nous intéresserons d’abord au personnage du maître de philosophie et à ses enseignements. Nous nous attarderons ensuite sur le personnage de monsieur Jourdain, un inculte dont Molière se moque avec bienveillance.

Partie I : Accroche

            Le personnage du maître de philosophie tient un rôle majeur dans cette scène. Il représente le savoir et les précepteurs à l’époque de Molière, et fait figure d’homme pédant se jouant de son élève. 

Sous-partie 1

Il fait l’étalage de sa culture pour impressionner Monsieur Jourdain et ainsi pouvoir mieux profiter de son argent. On constate par exemple qu’il domine le bourgeois par un registre de langue plus soutenu. Dès le début du passage, le maître de philosophie pose une question en pratiquant l’inversion sujet verbe : « Est-ce la physique que vous voulez apprendre ? » (l.1) alors que Monsieur Jourdain emploie la locution « est-ce que », plus familière, pour répondre : « Qu’est-ce qu’elle chante cette physique ? » (l.2) On peut donc dire que le maître de philosophie cherche à affirmer sa supériorité sur Monsieur Jourdain en créant un écart de langage entre eux.

On retrouve cette langue construite et méthodique du maître de philosophie avec le parallélisme de construction lignes 17 et 18 « les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles parce qu’elles expriment les voix ; et en consonnes, ainsi appelées consonnes, parce qu’elles sonnent avec les voyelles ». On remarque ici que le maître de philosophie applique une démarche savante à un sujet fort simple. Cette démarche est identique lorsqu’il présente les différentes voyelles en fournissant des explications de plus en plus complexes : « Et la voix I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles » (l.27-28) Molière critique ici les professeurs qui cherchent à complexifier des notions simples pour impressionner les esprits crédules et pouvoir s’en prendre à leur fortune.

On voit en effet que le maître de philosophie cherche à tout prix à impressionner Monsieur Jourdain, pour lui faire sentir sa supériorité. Il emploie par exemple une accumulation aux lignes 3 à 7 « La physique est celle qui explique les principes des choses naturelles, et les propriétés du corps ; qui discourt de la nature des éléments, des métaux des minéraux, des pierres, des plantes et des animaux, et nous enseigne les causes de tous les météores, l’arc-en-ciel, les feux volants, les comètes, les éclairs, le tonnerre, la foudre, la pluie, la neige, la grêle, les vents, et les tourbillons ». Cette accumulation double, construite sur 2 propositions subordonnées relatives a bien pour but de perdre Monsieur Jourdain et de lui montrer l’étendue de son ignorance. 

Transition

Toute cette démarche permet au maître de philosophie de rabaisser son élève, et comme nous allons le voir de mettre en place une pédagogie infantilisante.

Sous-partie 2

            Le maître de philosophie confirme sa supériorité sur son élève en utilisant une pédagogie infantilisante. On peut noter par exemple que sa leçon sur les voyelles repose sur un processus de mimétisme : il incite monsieur Jourdain à répéter comme si le sujet était compliqué. De plus, lui-même répète les voyelles en début et en fin de phrase : « La voix A, se forme en ouvrant fort la bouche, A. » (l.22) Ce processus d’apprentissage infantilisant est repris par anaphore aux lignes 24, 27, 30, et 38. On peut donc affirmer que le maître fait preuve d’une organisation et d’une méthode très rigoureuses dans sa leçon, alors que le contenu ne nécessite pas tant de soins. Il chercherait donc à compliquer son sujet pour que Monsieur Jourdain ait davantage l’impression d’avoir besoin de ses services.

Le maître de philosophie cherche également à rabaisser son élève lorsqu’il utilise des exemples comme si la matière de sa leçon nécessitait tant de précisions : « L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O. » On voit ici qu’il se moque de monsieur Jourdain en lui proposant des moyens mnémotechniques comme on proposerait à un enfant.

Enfin, on peut penser que le professeur se prend dans son jeu et s’amuse à ridiculiser son élève, car ses répliques s’allongent à mesure que la leçon progresse, et ses explications se font de plus en plus précises, comme si les voyelles étaient de plus en plus complexes. En témoigne l’énumération de gérondifs des lignes 38, 39 et 40 : « Le voix U, se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi l’une de l’autre sans les rejoindre tout à fait. » Il apparaît bien ici, que, encouragé par les expressions d’admiration de son disciple, le maître se sent porté par sa leçon vide de sens et d’intérêt.

À la fin du passage, le maître informe monsieur Jourdain qu’il abordera les consonnes dans une autre leçon. Il utilise l’adverbe de temps « demain » (l.47) pour planifier son prochain cours. Cela permet au spectateur de comprendre que le maître va essayer de diluer au maximum ses enseignements afin de profiter au mieux de la fortune de monsieur Jourdain.

Transition

Nous allons voir maintenant que monsieur Jourdain, en victime ignorante mais sympathique, attire la pitié du public.

Partie 2 : Accroche

            L’inculture de Monsieur Jourdain est l’un des principaux ressorts comiques de cette scène.

Sous-partie 1

D’emblée, le spectateur peut constater qu’il s’exprime avec un langage bien moins soutenu que son professeur : « tintamarre » ; « brouillamini » (l.8) ou encore la personnification « Qu’est-ce qu’elle chante cette physique ? » (l.2). Le riche bourgeois emploie des mots et expressions familiers, de la vie de tous les jours, ce qui lui attire la sympathie du public. Par ailleurs, il ne possède pas un vocabulaire très varié, ce qui peut expliquer la répétition maladroite de la ligne 36 : « Ah la belle chose, que de savoir quelque chose ! ». L’emploie d’un mot vague à 2 reprises montre bien que l’élève manque de vocabulaire, ce qui est un signe de faiblesse dans une société dominée par les mots.

On peut également voir au début de l’extrait, par la taille des répliques, qu’il est largement dominé par son maître. Il ne s’exprime que par des phrases très courtes et se noie dans la démonstration de savoir du professeur. Quand il reprend davantage la parole, c’est pour répéter, comme un bon élève, les voyelles : « A, A, Oui. » ; « A, E, A, E » ; « A, E, I, I, I, I » (L.23, 26, 29). Les comiques de geste et de mots mis en place ici accentuent pour le public l’inculture du personnage qui, en enchaînant les voyelles, produit des sons proches des babillements des bébés. Mais encore une fois, c’est par le rire que ce personnage inculte s’attire la sympathie du public, qui rit certes, mais avec bienveillance. 

Transition

La sympathie du public pour l’élève victime de son professeur ne s’arrête pas là, car elle est également renforcée par la soif d’apprendre du bourgeois.

Sous-partie 2

            Monsieur Jourdain n’a que peu de savoir et de connaissances, mais il veut vraiment s’améliorer. Dès la ligne 10, il manifeste clairement son envie d’apprendre par une phrase courte à l’impératif présent : « Apprenez-moi l’orthographe. » On constate qu’il souhaite commencer par les savoirs fondamentaux, et donc se construire une éducation solide et utile. Et force est de constater qu’il apprécie la fausse leçon construite par son maître au vu des nombreuses phrases exclamatives qu’il prononce : « Ah que cela est beau ! » ; « Vive la science. » ; « Cela est admirable ! » ; « Ah, la belle chose, que de savoir quelque chose ! » ; « Ah que n’ai-je étudié plus tôt, pour savoir tout cela. » (l.26, 29, 32, 36, 45). Ces exclamations qui viennent ponctuer presque toutes les répliques de monsieur Jourdain dans la deuxième partie du texte lui octroient la sympathie du public, tout en dévalorisant son professeur.

Ce dernier apparaît ici comme un manipulateur qui se sert d’un homme, certes inculte, mais finalement volontaire et sympathique. Cet effet est d’ailleurs renforcé par l’utilisation de deux hyperboles : « Il n’y a rien de plus juste. » ; « Il n’y a rien de plus véritable. » (l.32, 41). Elles mettent en lumière le plaisir que prend le bourgeois à apprendre alors qu’il est en fait moqué par son maître de philosophie. 

Conclusion de la partie 2

On voit donc clairement que s’opposent dans cette scène la soif d’argent du précepteur avec la volonté d’apprendre de l’élève. L’un est bourreau l’autre victime, et le public a vite fait de choisir son camp.

Conclusion : Résumé du développement

            Nous avons pu voir que toutes les connaissances et la pédagogie rigoureuse du maître de philosophie étaient en fait au service d’un jeu de manipulation déplacé. Au contraire, monsieur Jourdain, même s’il ne sait rien, cherche à apprendre et à s’améliorer. C’est donc un retournement qui s’effectue dans cette scène, et le public tend à se ranger du côté de la victime, malgré son inculture et sa bêtise.

Conclusion : Réponse à la problématique

Pour répondre à la problématique qui était de savoir comment Molière utilise les ressorts comiques de cette scène d’apprentissage pour critiquer la société, on peut finalement affirmer que même si d’apparence il se moque et critique l’inculture de monsieur Jourdain, c’est en fait les professeurs et le système social figé que critique Molière en en montrant la violence et l’hypocrisie. 

Conclusion : Ouverture

Pour terminer, on pourrait s’intéresser de plus près à ce système de dénonciation que l’on retrouve par exemple dans Le malade imaginaire, où le personnage d’Argan est moqué, mais où c’est en fait la médecine qui est critiquée en cela qu’elle manipule un homme fragile et hypochondriaque. 

Les documents : Texte et exemple de commentaire littéraire Le Bourgeois gentilhomme acte II scène 4 en PDF

Vous trouverez ici la version rédigée et présentée telle qu’elle devrait l’être sur une copie d’examen. Si vous avez des questions sur cette correction, n’hésitez pas à les poser dans les commentaires.

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