Vous préparez l’oral du bac de français ? Vous avez travaillé sur Gargantua de François Rabelais et vous voulez compléter vos cours ? Alors cette analyse linéaire du chapitre 23 sur “L’éducation de Gargantua” est pour vous !

C’est un passage très célèbre qui fait l’éloge d’un modèle d’éducation humaniste.

L’analyse présentée ici propose un cadre que vous pouvez suivre et reproduire lors de l’épreuve anticipée de français. Vous pouvez bien entendu modifier la problématique, ou certaines analyses à votre convenance.

Avant de commencer à lire cette analyse, n’hésitez pas à vous reporter à mon article “comment analyser un texte en français”, à ma “méthode de l’explication linéaire” ainsi qu’à mon article sur le vocabulaire de la poésie pour mieux comprendre ma démarche.

Introduction de l’analyse linéaire du chapitre 23 sur “L’éducation de Gargantua”

Présentation de l’auteur

Gargantua Chapitre 23, L'éducation de Gargantua : Analyse Linéaire (Bac 2023)

Ce que l’on sait de François Rabelais est assez imprécis. Il est vers 1483 et mort en 1553. Entre temps, il sera devenu l’un des plus grands écrivains du mouvement Humaniste du début du XVIe.

Assoiffé de connaissance, il exercera tour à tour les professions de prêtre, médecin, et bien sûr, savant et écrivain. C’est l’humaniste par excellence : il questionne, traduit, cherche à revenir aux textes antiques, et se passionne des questions d’éducation et de religion.

Présentation de l’oeuvre

Son oeuvre la plus connue, c’est indéniablement le roman Gargantua, publié en 1534 : ouvrage pédagogique et critique rédigé sous la forme d’une geste farcesque.

Ce roman synthétise toute la pensée humaniste de François Rabelais, et notamment un modèle éducatif qui diffère de la scolastique Moyenâgeuse de La Sorbonne, et des enseignement religieux de l’église catholique.

Pour éviter la censure, Rabelais le publie sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier, anagramme de son véritable nom.

Présentation du passage

Gargantua est encore jeune, et face à l’échec de son éducation, son père, Grandgousier décide de l’envoyer à Paris pour être pris en charge par un nouveau précepteur : Ponocrates. Ce dernier lui inculquera une éducation très différente, basée sur le modèle humaniste. 

Problématique 

Ainsi, nous pourrons nous demander comment le récit d’une matinée de Gargantua met en valeur un modèle éducatif humaniste ?

Plan 

Pour mener cette analyse linéaire du chapitre 23 sur “L’éducation de Gargantua”, nous suivrons les mouvements du texte. D’abord le réveil de Gargantua de “Gargantua” à “difficiles”, ensuite la préparation de Gargantua de “en revenant” à “habillé”, puis la pratique du sport de “Ensuite” à “leçon”, enfin, l’heure du repas de “Cependant” à la fin du passage.

Texte du chapitre 23 sur “L’éducation de Gargantua” pour l’analyse linéaire

Ensuite, il le soumit à un rythme de travail tel qu’il ne perdait pas une heure de la journée mais consacrait au contraire tout son temps aux lettres et aux études libérales. Gargantua s’éveillait donc vers quatre heures du matin. Pendant qu’on le frictionnait, on lui lisait quelque page des Saintes Écritures, à voix haute et claire, avec la prononciation requise. Cet office était dévolu à un jeune page natif de Basché, nommé Anagnostes[1]. Suivant le thème et le sujet du passage, bien souvent il s’appliquait à révérer, adorer, prier, et supplier le bon Dieu dont la majesté et les merveilleux jugements apparaissaient à la lecture. 

Puis il allait aux lieux secrets excréter le produit des digestions naturelles. Là, son précepteur répétait ce qu’on avait lu et lui expliquait les passages les plus obscurs et les plus difficiles.
En revenant, ils considéraient l’état du ciel, regardant s’il était comme ils l’avaient remarqué la veille au soir et en quels signes entrait le soleil, et aussi la lune, ce jour-là. Cela fait, il était habillé, peigné, coiffé, apprêté et parfumé et, pendant ce temps, on lui répétait les leçons de la veille. Lui- même les récitait par cœur et expliquait des exemples pratiques concernant la condition humaine ; ils poursuivaient quelquefois ce propos pendant deux ou trois heures, mais d’habitude ils s’arrêtaient quand il était complètement habillé. 

Ensuite, pendant trois bonnes heures, on lui faisait la lecture. Cela fait, ils sortaient, toujours en discutant du sujet de la lecture, et allaient faire du sport au Grand Braque[2] ou dans les prés ; ils jouaient à la balle, à la paume, au ballon à trois, s’exerçant élégamment les corps, comme ils s’étaient auparavant exercé les âmes.

Tous leurs jeux n’étaient que liberté, car ils abandonnaient la partie quand il leur plaisait et ils s’arrêtaient en général quand la sueur leur coulait par le corps ou qu’ils ressentaient autrement la fatigue. Ils étaient alors très bien essuyés et frottés, ils changeaient de chemise et allaient voir si le repas était prêt, en ce promenant doucement. Là, en attendant, ils récitaient à voix claire et en belle élocution quelques formules retenues de la leçon. 

Cependant, Monsieur l’Appétit venait et c’était juste au bon moment qu’ils s’asseyaient à table. 


[1] mot grec signifiant lecteur

[2] célèbre jeu de Paume parisien

Chapitre 23 sur “L’éducation de Gargantua” : Analyse linéaire

I. Le réveil de Gargantua

Dès le début de l’extrait, le narrateur insiste sur l’intensité de l’éducation humaniste. Gargantua doit se lever « vers quatre heures du matin », ce qui est très tôt, afin d’occuper chaque heure de la journée par le travail, l’exercice physique, ou le jeu. 

Dès le réveil de son esprit, son corps doit suivre puisqu’il est « frictionn(é) ». Cela témoigne de l’importance du corps dans l’éducation humaniste. 

On note également l’utilisation de l’imparfait à valeur itérative qui souligne l’importance de la régularité et de l’habitude dans ce modèle éducatif : « s’éveillait » ; « frictionnait » ; « lisait ».

Ensuite, la première chose qu’entend Gargantua est une lecture des « saintes Écritures ». Cette primauté de la religion est héritée du Moyen Âge, mais il faut remarquer une différence notable : la lecture est faite à « voix haute et claire, avec la prononciation requise ».

Les adjectifs « haute et claire » suggèrent la clarté et la compréhension : pas question donc de marmonner d’immenses passages de la bible comme c’est le cas dans les abbayes. Au contraire, la lecture doit permettre une totale compréhension du contenu.

On voit ici la volonté humaniste de revenir au sens original des textes sacrés, notamment en révisant les traductions afin de les rendre intelligibles à tous. 

Anagnotes qui lui fait la lecture (et dont le nom Grec signifie justement lecteur) cherche à faire apparaître la « majesté » du « bon Dieu » et ses « merveilleux jugements ». Ce lexique mélioratif composé d’adjectifs et de noms positifs rappelle au lecteur l’importance de Dieu pour les humanistes.

Enfin, on remarquer l’énumération de verbes à l’infinitif : « révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu » qui placent l’homme dans un état d’adoration face à Dieu. C’est un pilier de l’éducation humaniste : l’homme est au centre et cherche à s’améliorer, mais ne renie pas Dieu son créateur.

Le lecteur peut être surpris par l’arrivée soudaine d’un passage presque burlesque au comique à la limite du scatologique.

Gargantua se rend « aux lieux secrets » pour « excréter le produit des digestions naturelles. » Le verbe « excréter » semble très direct et cru à côté de la périphrase « le produit des digestions naturelles ».

L’adverbe complément circonstanciel de lieu « Là » indique pudiquement, mais avec un certain humour, que le précepteur suit son élève aux toilettes pour ne pas perdre un instant du temps dédié à l’éducation de Gargantua. 

Cependant, on remarque qu’ici, les choses naturelles du corps sont acceptées et absolument pas moquées (utilisation de l’adjectif « naturelles » dans la périphrase).

D’ailleurs, elles n’interrompent même pas la leçon qui se poursuit (« son précepteur répétait ») et même s’intensifie (« lui expliquait les passages les plus obscurs et les plus difficiles.)

Le parallélisme de construction insiste ici, sur le ton de l’humour, sur le fait que le précepteur profite de la concentration de son élève en train de soulager ses besoins naturels pour revenir sur les aspects les plus complexes de la Bible.

II. La préparation de Gargantua

Alors qu’il revient des toilettes, toujours pas habillé, Gargantua observe « l’état du ciel » avec son précepteur.

La comparaison avec « la veille » montre que c’est une pratique régulière à laquelle ils s’adonnent au moins matin et soir. Cela fait référence aux récentes découvertes humanistes concernant l’astronomie, notamment par Galilée.

La phrase suivante est une phrase passive constituée d’une énumération de participes passés : « il était habillé, peigné, coiffé, apprêté et parfumé ».

Elle montre d’une part l’attention qui est portée au soin du corps et à l’apparence (la cour de François Ier est une cour où l’on fait attention à l’apparence et l’hygiène).

D’autre part, on remarque que la phrase passive est construite sans complément d’agent. Aussi, On peut affirmer que Gargantua est au centre de la démarche et que ceux qui s’occupent de lui comptent peu ; ils sont d’ailleurs désignés par le pronom impersonnel « on ».

L’écoute et le par cœur ont une grande importance dans l’éducation humaniste, en témoigne l’imparfait à valeur itérative « répétait » qui confirme que les leçons sont ancrées par la répétition.

Toutefois, l’éducation humaniste n’est pas uniquement un modèle vertical où le savoir descend du maître vers l’élève. On voit bien que Gargantua est actif (« lui-même les récitait par cœur » et qu’il doit mettre en pratique ce qu’il apprend (« y appliquait des exemples pratiques »). 

La réflexion sur l’homme et « la condition humaine » (qui donne d’ailleurs son nom aux humanistes) est au centre de la démarche éducative, et n’est pas vraiment bornée dans le temps ; elle peut atteindre plusieurs heures : « ils poursuivaient quelquefois ce propos pendant deux ou trois heures. »

On constate ici que l’élève semble intéressé par l’apprentissage humaniste et souhaite donc poursuivre les discussions avec son précepteur. Cela souligne le fait que l’apprentissage est plus efficace sous forme dialoguée que verticale. 

Enfin, le complément circonstanciel de fréquence « d’habitude » à la fin de la phrase montre l’importance d’un enseignement cyclique où le professeur et l’élève développent des rituels d’apprentissage.

III. L’activité physique de Gargantua

L’activité suivante est introduite par l’adverbe de temps « ensuite », ce qui donne l’impression d’un enchaînement ininterrompu d’apprentissages, et donc d’un emploi du temps bien rempli.

Il s’agira donc de la lecture, qui prendra « trois bonnes heures ». Ici l’adjectif « bonnes » ajoute à la longueur du temps imparti à la lecture, l’idée qu’il est bien dépensé, de manière agréable.

L’importance de l’écrit pour les humanistes est à souligner. De nombreux textes sont traduits, analysés, ou écrits à cette époque.

La suite du programme est dédiée au sport en extérieur : « ils sortaient (…) et allaient faire du sport ». Les sports pratiqués sont populaires et à la mode.

Le Grand Braque est un lieu célèbre pour le jeu de paume à l’époque, et les activités pratiquées font le bonheur des cours les plus distinguées : « la balle » ; le « ballon à trois ». 

On notera donc que les sports sont des jeux à plusieurs, ce qui accentue l’importance du caractère social. L’homme humaniste est un être de société et non un savant isolé. C’est cela qui doit donc être transmis dans ce modèle éducatif.

De plus, on peut remarquer la référence à Juvénal (un esprit sain dans un corps sain) qui est mise en valeur par le polyptote et le parallélisme : « s’exerçant élégamment les corps, comme ils s’étaient auparavant exercé les âmes.

Le narrateur revient ensuite sur la caractérisation du sport pratiqué avec la négation restrictive « tous leurs jeux n’étaient que liberté ». On constate que le bien-être de l’élève est au centre de ce modèle éducatif car « ils abandonnaient la partie quand il leur plaisait ».

Ainsi le but de la pratique sportive est de distraire et elle n’a aucun caractère contraignant : Gargantua s’y livre avec plaisir.

D’ailleurs, ce n’est pas parce qu’il peut choisir d’arrêter quand il veut qu’il ne se livre pas à l’exercice de manière intensive : « ils s’arrêtaient en général quand la sueur leur coulait par le corps », cela montre bien qu’il pratique un exercice difficile.

La fin de la séance de jeux est consacrée à l’hygiène, très importante pour les humanistes (dans l’idée de prendre soin du corps). Aussi Gargantua et son précepteur sont-ils « essuyés et frottés », de plus ils « chang(ent) de chemise ».

L’adverbe « doucement » qui précise l’action de la promenade donne une image apaisée de la fin du sport. On voit que l’éducation de Ponocrates porte ses fruits et que Gargantua n’est plus agité comme il a pu l’être avec d’autres précepteurs. L’éducation humaniste est donc un modèle de réussite.

C’est ainsi dans cet état apaisé, propice à l’apprentissage que Gargantua et son maître consolident les apprentissages du jour : « ils récitaient à voix claire et en belle élocution quelques formules retenues de la leçon. » Cela montre bien l’importance de prendre soin de son corps pour que l’esprit soit plus performant.

IV. L’arrivée de l’appétit

La matinée se clôt sur une touche d’humour avec l’arrivée de l’appétit personnifié : « Monsieur l’Appétit venait ». On peut affirmer que même lors des repas, le comportement de Gargantua reste distingué grâce à l’éducation de Ponocrates.

En effet, le titre de « Monsieur » qui précède l’appétit donne l’impression d’une sensation distinguée plutôt que d’un impérieux besoin. 

Par ailleurs, le programme de Ponocrates est si bien pensé que la faim arrive « juste au bon moment ». La matinée a donc permis à Gargantua d’apprendre de nombreuses choses, de travailler la bible, d’observer le ciel, de jouer et de faire du sport, tout en s’installant à table à l’exacte heure du repas. 

Conclusion de l’analyse linéaire du chapitre 23 sur “L’éducation de Gargantua”

Rappel du développement

Nous avons pu voir qu’en insistant sur la différence entre le comportement de Gargantua face à ses anciens précepteur et face à Ponocrates, Rabelais montre la réussite d’un modèle d’éducation humaniste.

D’abord, il présente une journée bien remplie ou chaque minute est l’occasion d’un apprentissage, puis il montre un intérêt tout particulier pour le soin du corps dans la suite de Juvenal : un esprit sain dans un corps sain.

Réponse à la problématique 

En décrivant d’un ton plaisant le programme imposé au géant Gargantua, François Rabelais dessine les contours d’un modèle éducatif plus performant que celui pratiqué dans les universités au Moyen Âge qui favorise trop le par coeur sur la réflexion : une éducation humaniste.

On y remarque notamment l’intérêt pour l’élève qui doit à la fois apprendre et pratiquer, prendre autant soin de son corps que son esprit, et enfin l’importance d’une lecture claire et compréhensible des textes religieux, ce qui s’oppose aux pratiques de l’époque par l’église catholique.

Ouverture

L’Humanisme n’est pas un mouvement qui se réduit à Rabelais, ni à la France. Il s’agit d’une mouvance intellectuelle qui transcende les frontières européennes.

Cependant les idées et principes sont communs aux penseurs de différents pays et décennies.

À ce titre, il est très intéressant d’approfondir les principes de la pédagogie humaniste, que l’on trouve développés et élargis à la société dans les chapitre 52 à 58 du roman, au sein de l’abbaye de Thélème : utopie humaniste imaginée par Rabelais dans le cadre d’une abbaye d’un genre nouveau.

Prolongements sur l’analyse linéaire du chapitre 23 sur “L’éducation de Gargantua”

Vous trouverez ici une liste des 25 figures de style à connaître pour le Bac. Pour ficher efficacement votre explication : https://la-classe-du-litteraire.com/comment-ficher-une-explication-lineaire/ et enfin, les erreurs à éviter à l’oral du Bac : https://la-classe-du-litteraire.com/bien-reussir-son-explication-lineaire/

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