Bienvenue dans cette analyse linéaire du poème “Vénus Anadyomène” d’Arthur Rimbaud.

Poème majeur du recueil Cahiers de Douai au programme du Bac 2024, il s’appuie sur le thème parodié de Vénus sortie des eaux pour proposer une nouvelle esthétique poétique.

L’analyse présentée ici propose un cadre que vous pouvez suivre et reproduire lors de l’épreuve anticipée de français. Vous pouvez bien entendu modifier la problématique, ou certaines analyses à votre convenance.

Avant de commencer à lire cette analyse, n’hésitez pas à vous reporter à mon article “comment analyser un texte en français”, à ma “méthode de l’explication linéaire” ainsi qu’à mon article sur le vocabulaire de la poésie pour mieux comprendre ma démarche.

Avant l’analyse linéaire : mieux comprendre le poème “Vénus Anadyomène” d’Arthur Rimbaud

D’apparence simple, le poème “Vénus Anadyoèmne” d’Arthur Rimbaud fait quand même appel à des topos artistiques et n’est pas si facile à comprendre qu’il n’y parait.

Il mobilise plusieurs références artistiques que nous tacherons d’élucider ici avant d’entrer dans l’analyse linéaire à proprement parler.

Le thème de la naissance de Vénus

Dès le titre, le poème se situe dans l’héritage d’un thème artistique majeur : celui de la Vénus sortie des eaux. C’est d’ailleurs le sens de l’adjectif Anadyomène (qui sort des eaux) présent dès le titre du poème.

Ce thème de la naissance de Vénus est très présent dans la peinture et la sculpture avec des oeuvres très connues comme :

La naissance de Vénus, 1485, Sandro Botticelli

Ici, Vénus est représentée sortant d’un coquillage. Cette image traditionnelle est très utilisée en peinture. Dans le poème de Rimbaud, une vieille baignoire remplace le coquillage.

La naissance de Vénus, 1863, Alexandre Cabanel

Ici, Vénus nait des eaux. C’est l’autre version la plus répandue de sa naissance. Les couleurs de ce tableau, peint environ 7 ans avant l’écriture du poème de Rimbaud, sont reprises dans le premier quatrain.

Ainsi, la naissance aquatique de Vénus inspire les artistes depuis des siècles. En littérature, elle représente le lyrisme et l’amour (Vénus est la déesse de l’amour).

Aussi, Rimbaud détourne-t-il cette figure et le topos de sa naissance pour rejeter le lyrisme traditionnel et proposer une nouvelle esthétique poétique.

L’influence Parnassienne

Cette esthétique neuve, il la veut proche du Parnasse. Un mouvement littéraire qui l’inspire et auquel il aspire appartenir.

On sait qu’il a déjà envoyé des poèmes à Théodore de Banville, l’un des principaux poètes parnassiens.

Pourtant, il cherche déjà à s’éloigner des carcans, même de ceux qu’il apprécie, pour renouveler le langage artistique.

Ainsi, le poème “Vénus Anadyomène” s’inspire-t-il du mouvement parnassien, tout en le dépassant par son originalité thématique et stylistique.

Introduction de l’analyse linéaire du poème « Vénus Anadyomène » des Cahiers de Douai

Phrase d’accroche

Arthur Rimbaud est un poète révolté, qui n’accepte pas le statu quo et cherche sans cesse à se renouveler tout en renouvelant la langue et la poésie.

Dans deux poèmes antérieurs, “Invocation à Vénus” et “Soleil et Chair”, il avait donné une image somme toute assez traditionnelle de la figure de Vénus.

Avec “Vénus Anadyomène”, c’est une toute autre vision de la déesse de l’amour et de la beauté que propose le jeune poète de 16 ans : celle d’une femme, peut-être même d’une courtisane, malade et repoussante.

Présentation de l’auteur

En seulement quelques années, de l’adolescence à ses 21 ans, Arthur Rimbaud va secouer la poésie.

Enfant sage, bon élève, il brille principalement dans les disciplines littéraires. C’est sa rencontre avec son professeur Georges Izambard qui va le pousser à s’intéresser à la littérature en tant qu’artiste.

Commence une quête de liberté pour le jeune Rimbaud. Quête qui s’exprime par des fugues répétées, et par une volonté de révolutionner le langage poétique.

Finalement, après des années chaotiques passées aux côtés de Paul Verlaine, à écrire et à vivre follement, Arthur Rimbaud décide d’arrêter définitivement la poésie.

L’auteur des Illuminations décide de voyager et de vivre du commerce avant de mourir, quelques années plus tard, d’une tumeur au genou.

Biographie complète d’Arthur Rimbaud ici.

Présentation de l’oeuvre

Le poème “Vénus Anadyomène” se trouve dans le premier recueil d’Arthur Rimbaud : “Cahier de douai“. Ce recueil dont Rimbaud écrit les poèmes à l’occasion de ses fugues en 1870 ne sera publié qu’après sa mort, en 1919.

Présentation du poème

Vénus Anadyonème est un sonnet d’Arthur Rimbaud. Le poète y représente une prostituée sous des traits empruntés à Vénus, déesse de la beauté, pour laisser voir progressivement sa vulgarité, sa laideur et sa maladie. Le poème se conclut par une audace, faire rimer Vénus avec Anus.

C’est l’occasion pour le poète de critiquer la poésie traditionnelle et le lyrisme en proposant une nouvelle esthétique poétique.

Problématique

Ainsi, nous pourrons nous demander comment ce poème parodie le thème de la Vénus sortie des eaux afin de rejeter la poésie traditionnelle.

Plan

Pour mener cette analyse linéaire du poème Vénus Anadyomène d’Arthur Rimbaud, nous suivrons les strophes du texte qui donnent à voir un contreblason en insistant tour à tour sur différentes parties du corps.

D’abord la vue d’ensemble de la femme dans la strophe 1. Ensuite le dos de la femme dans la strophe 2. S’en suit le bas du dos dans la strophe 3. Enfin, les fesses dans la dernière strophe.

On constate que le mouvement est descendant, de la tête à l’arrière-train.

Texte du poème « Vénus Anadyomène » pour l’analyse linéaire

Vénus Anadyomène

Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

« Vénus Anadyomène » d’Arthur Rimbaud : Analyse linéaire

I. Strophe 1

Les premiers mots du poème : “Comme d’un cercueil” peuvent rappeler le premier vers d’un poème de Ronsard : “Comme un chevreuil”. Les sonorités sont très similaires.

On voit donc d’emblée la volonté parodique de Rimbaud qui reprend un grand poète de la pléiade pour déformer ses mots.

De plus, le nom “cercueil” s’oppose au thème de la naissance de Vénus car il suggère l’idée de mort.

Les couleurs présentes dans les vers 1 et 2 : “vert” ; “blanc” ; “bruns” peuvent également rappeler le tableau de La Naissance de Vénus par Cabanel. Seulement, ici, ces couleurs sensées désigner la mer et l’écume de manière méliorative qualifient en fait une baignoire usée.

L’adjectif épithète péjoratif “vieille” qui qualifie la “baignoire” confirme d’ailleurs cette lecture.

Mais ce que le poète veut donner à voir, c’est la femme qui émerge de la baignoire.

Elle est artificielle, en témoigne ses cheveux “fortement pommadés”, ce qui s’oppose à la beauté naturelle de Vénus.

Cependant, même avec tous ses artifices, elle ne peut cacher sa laideur comme le montre le groupe nominal “déficits mal ravaudés”.

La baignoire de laquelle émerge la femme rappelle avec humour le coquillage duquel émerge Vénus. On sent bien ici la volonté de parodie du poète.

Au niveau du rythme, les enjambements entre les vers 1-2 et 2-3 créent un déséquilibre et une disharmonie à l’image de la femme présentée ici.

De plus, les deux adjectifs “lente et bête” insistent sur l’idée que la femme est malade. Elle est presque animalisée par le mot “bête” et son mouvement n’a rien de gracieux.

II. Strophe 2

La seconde strophe commence par un adverbe de liaison : “puis”. Cet adverbe, repris au vers 7, montre une volonté d’exagération du poète dans la précision avec laquelle il décrit la femme.

L’animalisation se poursuit car Rimbaud évoque, non pas le cou, mais le “col” de la femme. On assiste à une sorte de transformation en vache : “col gras et gris” ; “larges omoplates / qui saillent”.

De plus, le poète cherche à donner un sentiment désagréable au lecteur, notamment par l’usage de l’allitération en -g (“gras et gris”) qui émet un son disgracieux.

Le mouvement de la femme est répétitif et évoque celui d’un animal en mouvement avec le parallélisme “le dos court qui rentre et qui ressort”.

La maigreur suggérée par la proposition subordonnée relative “qui saillent” rejetée en début de vers 6 participe au portrait horrible d’une femme laide et malade.

Pourtant, la maigreur est contredite par “les rondeurs des reins” au vers 7. On voit donc que le physique de la femme est tout sauf harmonieux. Il s’oppose parfaitement à la perfection habituelle de Vénus.

On note ici une nouvelle allitération en -r (vers 7 et 8) qui continue d’émettre des sons désagréables, proches d’un râle.

La graisse n’est pas non plus la belle graisse de la Vénus traditionnelle. Au contraire, elle “parait en feuilles plates”, ce qui signifie qu’elle ne participe pas à lui octroyer de chaleureuses rondeurs.

III. Strophe 3

Le premier tercet apporte une nouvelle couleur au tableau d’ensemble : le rouge.

Cette couleur vient s’opposer à la blancheur pure avec laquelle est fréquemment représentée Vénus. Ici, “L’échine est un peu rouge” suggère une fois de plus que la colonne est saillante, et donc que la maigreur de la femme décrite est maladive.

Dans cette strophe, le poète mobilise plusieurs sens du lecteur pour mieux montrer l’horreur de la femme décrite. On trouve l’odorat avec “sent”, le goût avec “goût” et la vue avec “voir” et “loupe”.

On a donc affaire à une synesthésie détournée dans laquelle le poète sature sa description de détails afin de confronter le lecteur à la laideur de la femme.

L’oxymore “Horrible étrangement” donne un nouveau sens à la laideur. Le goût est horrible, mais suscite la curiosité du poète. Il faut donc voir ici une sorte de beauté du laid, du mal, qui attire Rimbaud. On peut rapprocher cela de sa volonté de combattre la poésie traditionnelle et son éloge de la beauté.

Dans ce même vers, Rimbaud s’éloigne également du lyrisme traditionnel dans lequel le “je” et les sentiments personnels sont exacerbés. Ici, le pronom impersonnel “on” remplace le “je”, et les sentiments sont absents, au profit d’une description précise de l’objet du poème.

En cela, le poème se rapproche de l’esthétique parnassienne que Rimbaud recherche dans ses plus jeunes années.

Se poursuivent dans cette strophe les jeux d’enjambements qui disloquent le rythme traditionnel. Ces enjambements continuent de mimer la démarche disgracieuses de la femme.

Enfin, les “singularités qu’il faut voir à la loupe” du vers 11 renforcent le sentiment parnassien avec l’idée d’une description aussi précise que possible de l’objet du poème. On peut presque lire ici une règle de l’esthétique que crée Rimbaud : se focaliser sur les détails.

IV. Strophe 4

Comme souvent dans les sonnets, le dernier tercet offre une chute.

Ici, la chute est double. D’une part, la femme semble porter un tatouage avec un nom qui évoque celui d’une courtisane : “Les reins portent deux mots gravés : Clara Vénus”.

D’autre part, le poème se conclut par un pied de nez à l’esthétique traditionnelle, celui de faire rimer Vénus avec Anus. La trivialité s’oppose ici à l’emphase avec laquelle le thème de Vénus Anadyomène est habituellement traité.

Concernant le tatouage “Clara Venus” qui représente la vulgarité car il est placé sur les reins, et visible donc dans des situations où la femme est déshabillée et de dos, il évoque également un vers de Louise Labé : “Clere Venus, qui erres par les cieux”.

On peut donc voir encore ici une moquerie de Rimbaud vis-à-vis de la tradition poétique.

Au vers 15, le groupe nominal “tout ce corps” déshumanise la femme. Elle n’est plus qu’un corps, qui plus est repoussé par le démonstratif “ce”. Il est présenté comme un objet de dégoût inqualifiable.

La posture ostentatoire de la femme est montrée par l’emploie du verbe tendre : “tend sa large croupe”. Elle présente donc son postérieur, mais la vision n’est pas agréable. La métaphore “large croupe” animalise la femme ironise sur la laideur de son arrière-train, comparé à celui d’un cheval.

Le dernier vers s’ouvre par un nouvel oxymore : “Belle hideusement”. Rimbaud fait ici encore une fois l’éloge de la beauté du laid et s’éloigne des canons de l’esthétique poétique.

D’ailleurs, l’assonance en -e dans ce vers crée un effet de maladresse, notamment avec la prononciation du -e de “belle”. On sent donc la volonté du poète d’ajouter à la laideur d’ensemble en concluant son poème par un vers presque boiteux.

L'”ulcère à l’anus” affirme d’une part la maladie et la saleté de la femme décrite et clôt la parodie sur une note triviale et humoristique.

Conclusion de l’analyse linéaire du poème « Vénus Anadyomène » d’Arthur Rimbaud

Rappel du développement

Nous avons pu voir que Rimbaud développe dans “Vénus Anadyomène” une parodie du topos de Vénus sortie des eaux.

En se moquant des critères de beauté traditionnels et du lyrisme poétique, le jeune poète se range dans les rangs des parnassiens tout en laissant déjà entrevoir la révolution du langage qu’il prépare.

Réponse à la problématique 

Ainsi, en faisant le portrait d’une femme laide et malade avec de nombreuses références à Vénus, Rimbaud se moque de la tradition artistique et rejette le lyrisme.

Le jeune poète commence, à 16 ans, sa révolution poétique avec ce poème amusant et irrévérencieux. On peut presque y lire un art poétique en cela qu’il propose une nouvelle vision du beau et de la création.

Ouverture

Dans ce poème, Rimbaud livre au lecteur une forme d’alchimie poétique. Comme Baudelaire, dans son recueil Les Fleurs du Mal avec des poèmes tels que “Une Charogne” ou “Alchimie de la douleur”, il se propose de sublimer la laideur, et de transformer la boue en or.

Prolongements sur l’analyse linéaire du poème « Vénus Anadyomène » d’Arthur Rimbaud

Vous trouverez ici une liste des 25 figures de style à connaître pour le Bac. Pour ficher efficacement votre explication : https://la-classe-du-litteraire.com/comment-ficher-une-explication-lineaire/ et enfin, les erreurs à éviter à l’oral du Bac : https://la-classe-du-litteraire.com/bien-reussir-son-explication-lineaire/

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